Allgemeine Anthroposophische Gesellschaft
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Goetheanum | Quand le passé dévale vers l’avenir
- 07 août 2026
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À propos de cette offre
Quand le passé dévale vers l’avenir
Ce qui nous définit en tant qu’êtres humains, c’est notre corps. C’est à travers lui que nous faisons l’expérience de la réalité. L’IA n’a ni corps ni surorganisme spirituel capable – comme chez les êtres vivants – de modifier leurs habitats. Une analyse comparative du point de vue des sciences naturelles.
Ce n’est pas une tendance des dernières décennies, mais des siècles passés, qui nous fait vivre de plus en plus dans un monde d’information. Avec l’écriture est née une technique culturelle qui a permis aux humains de créer un monde, le « corpus du savoir ». Ce corpus est depuis longtemps si vaste qu’il est totalement impossible, en une vie, de prendre connaissance de plus qu’une infime partie de cet immense univers de savoir et d’information. En tenant compte de cela, la question se pose sur quelle base nous nous estimons capables de juger. Mais supposons que nous puissions, par exemple, lire tous les textes jamais écrits sur la question de la chute d’une pierre, les textes d’Aristote, les traités des scolastiques, des représentants modernes de la philosophie mécanique jusqu’à Galilée, les traités de Newton, les théories quantiques des multivers et enfin les théoriciens des cordes – est-ce que ce savoir nous rendrait aptes à juger sur cette question ? Je ne le pense pas. En fin de compte, c’est notre corporéité et la confrontation à la réalité qu’elle rend possible, ici sous forme d’expérience, qui nous permet de saisir le sens de tous ces traités. Les êtres désincarnés ne peuvent – malgré leur intelligence – saisir la question. Chaque fois qu’une question concerne notre monde, qu’elle soit scientifique, culturelle ou politique, elle ne peut finalement être résolue dans l’espace logique, mais par confrontation à la réalité. C’est pourquoi les sciences naturelles ne reposent pas sur le savoir, mais sur l’expérience qui nous rend aptes à juger.
Phénomènes d’émancipation de l’information
Mais une confrontation à la réalité devient de plus en plus difficile dans le flot d’informations. La mondialisation du paysage médiatique – notamment par les médias numériques – conduit de plus en plus à ce que les lecteurs d’une information doivent admettre qu’ils ne sont pas aptes à juger, car une confrontation à la réalité est exclue spatialement et temporellement. Les informations sont aujourd’hui souvent à peine vérifiables, elles « s’émancipent » des contextes personnels de vie. En tant que physicien, je connais le phénomène selon lequel, dans d’immenses ensembles de données, on peut trouver presque toute affirmation et la soutenir logiquement par d’autres contextes, sans qu’il soit clair ce qu’elle a à voir avec la réalité. L’apparition de vérifications des faits, de termes comme « fake news », « faits alternatifs » repose sur l’aveu implicite que la confrontation à la réalité devient toujours plus difficile. L’IA ne fait que poursuivre cette tendance.
Les modèles linguistiques comme ChatGPT font partie des développements techniques les plus remarquables de ces dernières années ; tant la qualité linguistique que le contenu des textes générés sont souvent admirables. Puisqu’ils reposent uniquement sur le « corpus du savoir » et ne peuvent établir aucun lien direct avec la réalité, on peut précisément étudier à travers eux comment une structure logique interne d’un texte s’émancipe totalement du fait que ce qui est décrit ait un rapport avec la réalité ou soit contrefactuel, c’est-à-dire en contradiction avec des faits réels, comme des événements historiques, etc. Grâce à des méthodes d’entraînement plus précises, les développeurs ont réussi ces dernières années à réduire les affirmations contrefactuelles, souvent appelées « hallucinations ». Cependant, je me demande si leur présence est moins un problème de programmation des modèles linguistiques qu’une caractéristique d’un gigantesque « corpus du savoir » qui commence de plus en plus à s’émanciper de la réalité dans ses contenus. – Ce qui nous apparaît actuellement surtout comme un dysfonctionnement peut-être amusant d’une IA, ne risque-t-il pas de devenir à l’avenir la nouvelle normalité d’une société vivant de plus en plus en dehors de la perception corporelle ? L’intelligence artificielle ne nous reflète-t-elle pas des phénomènes que nous pourrions déjà étudier en nous-mêmes ? De ce point de vue, la crainte que les systèmes d’IA deviennent à l’avenir de plus en plus semblables à l’homme semble plutôt infondée, car les humains deviennent de plus en plus semblables à l’IA. La pédagogie Waldorf et le goethéanisme, dans leur attention à une expérience régulière, consciente, sensible et corporelle, apparaissent de plus en plus comme des exigences existentielles indispensables du présent.
Ce texte est un extrait d’un article publié dans la revue hebdomadaire « Das Goetheanum ». Vous pouvez lire l’article complet sur le site web de la revue. Si vous n’êtes pas encore abonné, vous pouvez découvrir la revue pour 1 CHF/€.
Image de couverture : connexions en fibre optique dans une salle serveur. Photo : Albert Stoynov/Unsplash